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  Galerie Le Garage, 2 place Auriol Lorgues (Var) / France
   
Michel DUPART
exposition durant le mois de Mai 2007
 
 

PEINDRE POUR VOIR ET COMPRENDRE

On l'aura constaté avec raison les travaux ici présentés pourraient ne pas être de la même main. Pourtant cette variété des sujets et des manières je l'assume comme une nécessité qui s'impose. La recherche d'un style, d'une signature (ce qui est d'abord exigé par le marché de l'art) ne présente aucun intérêt pour moi. Elle m'empêcherait de suivre la passion qui m'anime qui est de mieux voir et mieux comprendre.
Peindre c'est ma façon sédentaire de voyager parmi les Anciens de l'histoire de l'art. Il a fallu que j'ose prendre un pinceau pour découvrir la peinture religieuse de Sienne ou les compositions de Poussin qui jusque là m'étaient étrangères.
Je n'aime pas les limitations. Je souhaiterais pouvoir accueillir toutes les possibilités, celles qui surgissent en cours de travail comme celles que je peux glaner dans les journaux, les magazines, dans les rues ou dans la nature. Mes carnets sont pleins de projets et l'atelier de matériaux divers. Incoercible boulimie.
Peindre c'est mieux comprendre mes contemporains. Je cours après les expositions et je suis attentif à presque tout. Car même de la mauvaise peinture on apprend beaucoup.
En revanche j'ai des goûts et des préférences: je peux parcourir 1000km pour voir des oeuvres de Rebeyrolle. Mais un artiste aussi célèbre et considérable que Roy Lichtenstein ne me procure aucune émotion.
L'originalité n'est pas une préoccupation. Comme la plupart je suis partagé entre des aspirations fort différentes. J'aime l'art d'agrément, ou décoratif, ou ludique, mais aussi l'art dérangeant, voire insoutenable. J'aime peindre des paysages imaginaires et sereins: contemplation et désir de paix. L'instant d'après je vois le monde comme une scène tragique: présence de l'inéluctable. La violence des hommes m'inquiète, la nature m'apparaît souvent comme le lieu où les espèces s'entredévorent. La souffrance est assurément coextensive à la vie. La commisération chère à Rousseau je la connais. Est-ce que cela oriente mon travail? Sans doute.
Et pour compliquer le tout je pense sincèrement que la peinture n'exprime rien et n'est qu'un ensemble de formes et de couleurs assemblées selon un ordre indéfiniment variable. D'où mon plaisir à entreprendre quelques essais dans l'abstraction.
J'aime les paysages industriels réels ou rêvés, j'aime regarder les sols (Dubuffet en a montré tout le potentiel, et osons le dire, toute la beauté). J'aime les ports et leur désordre, les chantiers encombrés de matériaux, de fers à béton, de planches tachées par l'eau et le ciment; j'aime les villes et surtout les quartiers délabrés, délavés, les façades vieillies où éclate la couleur des fleurs en pot.
Même empruntées à la réalité mes compositions restent des fictions. L'imagination ce n'est pas seulement le pouvoir de produire des images mais celui de les déformer. L'étrangeté est mon élément naturel, parfois jusqu'à la monstruosité. Pas de surréalisme, mais plutôt une affinité avec les traditions romantique (j'admire les encres de Victor Hugo), expressionniste (j'admire particulièrement Anselm Kiefer), et bien sûr avec l'art brut.
Je ne peux dessiner sur le motif sans déformer et dériver en direction du fictif. C'est un émerveillement toujours renouvelé, quoique obscur, de voir surgir des images, des êtres, des choses sur une surface de papier, et de sentir en soi-même dans la solitude de l'atelier la présence de cette passion essentielle au coeur humain et qui a commencé peut-être dans les grottes de la préhistoire. Et en ce lieu il n'est plus question de talent, c'est notre nature qui se déploie: "La création ne se fait pas au nom de sa petite personne, mais au nom de ce qu'il peut être donné à tout un chacun de vivre".
(Paul Audi)
Quel étrange paradoxe: c'est en triturant de la matière, en poursuivant l'aventure de notre main que s'accomplit une sorte d'exercice spirituel, presque philosophique. La peinture est chose mentale disait Léonard de Vinci, c'est aussi une métaphysique.

  Michel Dupart
   
 
   
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