Chaddklappmuntz ce sont tout d'abord Eugene Chadbourne aux guitares, banjo et vocaux, Martin Klapper, un percussionniste tchéque bidouillant les sons à partir de boites à musique et autres "toys instruments", et Herman Muntzing, un bassiste suédois également inventeur d'objets sonores bizarroïdes tels le flexistring, par exemple.
La session ici captée s'intitule donc Lorgues Suite et dès les quinze premières minutes, le trio s'installe dans un joyeux foutoir, ferraillant et cisaillant à tout va dans une masse métallique résonnant farouchement malgré la rouille déposée et les parasites divers.
Hurlements, sons à peine audibles, stridences soudaines, percussions bricolées façon batterie de cuisine, gammes désordonnées et dont, franchement, on se demande bien ce qu'elles viennent faire là, souffles, larsens....
Notre bon docteur ès Country a beau pousser la chansonnette à plusieurs reprises et avec le talent qu'on lui connaît, il semble que rien ne vienne jamais apaiser la frénésie destructrice de ce trio de choc. Il n'est pas jusqu'à "Healing hands of time" de Willie Nelson ou "I had a dream" de John Lee Hooker qui ne deviennent la cible de leur mauvais goût décapant. De guerre lasse, et l'épilogue de cette Lorgues Suite doctement assassiné, Eugene craque et se lance, avec (ou contre) ses deux partenaires, dans une inénarrable bien qu'héroïque course-poursuite tenant aussi bien de la basse-cour que de la B.O. apocalyptique pour un document inédit sur la guerre du Vietnam. "There ain't nobody but us Chickens" devient ainsi un must à réveiller les tripes de Mingus himself.
Le pire -ou le meilleur- c'est bien entendu, que tout cela s'entend bien, avec le sourire aux lèvres et l'oeil brillant. Au point que, vers la fin de l'album, lorsque notre chanteur country favori entonne, toute honte bue, la ballade de Roy Davies "A well respected man", on a beau savoir qu'il se paye notre tête, on lui pardonne tout et l'on retourne, une brindille entre les dents, s'asseoir sur le coffre d'une vieille Chevy cabossée pour mieux goûter le final de cette interprétation désenchantée. (Joël Pagier)